Rapport - Du plancher collant au plafond de mère
Quels leviers pour mettre fin à la pénalité maternelle et construire une réelle égalité socio‑économique entre les femmes et les hommes ?
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Le Haut Conseil à l’Egalité a publié ce matin son rapport intitulé « Du plancher collant au plafond de mère » afin d’alerter sur l’impact socio-économique de la maternité.
Alors que les nombreux débats autour de la démographie et de la natalité en France ont émergé ces derniers mois, le Haut Conseil à l’égalité rappelle que la maternité demeure aujourd'hui l'un des principaux facteurs de persistance des inégalités économiques entre les femmes et les hommes. Ce n'est pas la maternité qui produit les inégalités, mais l'organisation sociale de la parentalité. La naissance d'un enfant provoque une rupture durable, qui affecte les revenus, les perspectives de carrière, les conditions d'emploi, mais aussi l'autonomie financière des femmes. Ce phénomène, largement documenté par la littérature économique internationale, est désigné sous le terme de « pénalité maternelle ». La pénalité maternelle représente un coût collectif : elle réduit la participation des femmes au marché du travail, limite la valorisation de leurs compétences, diminue les recettes fiscales et sociales et accroît les risques de précarité.
Dès l'enfance, les filles et les garçons sont socialisés de manière différenciée. Les femmes occupent plus souvent des emplois à faibles revenus, ont un recours important au temps partiel et des perspectives d'évolution limitées : c’est le « plancher collant ». À l'autre extrémité de la hiérarchie professionnelle subsiste le « plafond de verre », qui freine l'accès des femmes aux postes de direction et aux responsabilités les plus élevées. Mais un autre phénomène intervient progressivement : le « plafond de mère ». Celui-ci apparaît lorsque la maternité, réelle, supposée ou simplement anticipée, devient un critère implicite d'évaluation des salariées.
Parallèlement, le couple et le foyer sont toujours moteur important d’inégalités : les femmes consacrent toujours davantage de temps que les hommes aux activités liées aux enfants, à l'organisation du foyer et au travail domestique. Les inégalités qui en découlent ne sont pas seulement des écarts de revenus. Elles se construisent aussi dans la manière dont l’argent est utilisé et réparti : c’est la théorie du “pot de yaourt”. Les femmes financent plus souvent les dépenses quotidiennes, périssables et immédiatement consommées, tandis que les hommes financent davantage les biens durables, visibles et patrimoniaux. L’éducation financière doit donc désormais intégrer une lecture genrée de l’argent, du couple, de la parentalité et du patrimoine.
Enfin, la maternité constitue un véritable point de bascule dans les trajectoires professionnelles et économiques. Les salariées concernées connaissent davantage de difficultés d'accès aux promotions, aux responsabilités et aux formations professionnelles : c’est la pénalité maternelle. Cette situation contribue à expliquer la forte exposition des familles monoparentales, composées dans leur grande majorité de mères, aux risques de pauvreté et de précarité. La naissance d’un enfant entraîne pour les mères une chute de revenu salarial de 40%. Les femmes divorcées voient leur niveau de vie médian diminuer de 25 % l'année de la séparation, contre 7 % pour les hommes.
Le Haut Conseil à l’Egalité formule donc 45 recommandations, et parmi elles :
Intégrer aux programmes EVAR/EVARS un exercice annuel de mise en situation d’un foyer fictif, afin de déconstruire l’assignation des filles au care et les stéréotypes liés au travail domestique et parental.
Rendre obligatoire, dans les entreprises de plus de 50 salarié·es, un suivi des trajectoires professionnelles des mères au retour du congé maternité, puis 3 ans et 10 ans après une naissance.
Créer un droit au répit et au relais parental, financé par la branche Famille, avec un crédit d’heures d’accompagnement pour les démarches administratives, la coordination familiale, l’accès aux modes de garde, le retour au travail et l’orientation vers les droits.
Créer un statut administratif harmonisé de parent seul, reconnu par les CAF et les services publics, afin de rendre les droits des familles monoparentales plus lisibles, plus rapides à activer et mieux coordonnés.
« Avant même l’arrivée du premier enfant, la pénalité maternelle frappe les femmes dans leur carrière autant que dans leur vie sociale et personnelle. Notre société doit évoluer pour permettre aux femmes de briser ce plafond de mère et pouvoir avoir les mêmes chances et les mêmes opportunités dans leur vie, sans devoir renoncer à la maternité. » Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l’Egalité.
Rapport - Du plancher collant au plafond de mère
HCE--2026--PAR--Impact_Socio_Eco_Marternite--v07.pdf (PDF - 4.25 Mo)