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« Ceux qui osent faire le premier pas et qui viennent nous voir jouer sont conquis à chaque fois car ils voient la qualité de notre jeu et le spectacle qu’on peut offrir », Gaëlle Mignot, capitaine de l’équipe de France de rugby

23 juillet 2014

La Coupe du monde de rugby féminin aura lieu du 1er au 17 août à Paris. A quinze jours de l’évènement, le HCEfh a interviewé Gaëlle Mignot, talonneuse et capitaine de l’équipe de France. Elle joue depuis quatre ans en équipe de France et a été championne de France ces deux dernières années avec le club de Montpellier.

Premièrement, bravo pour vos victoires du grand chelem[1] et de vos matches de préparation, c’est de bon augure pour la compétition. Comment se prépare la Coupe du monde, qui plus est, organisée en France ?

Nous sommes en stage de préparation à Falgos dans les Pyrénées. La préparation se passe bien et nous donnons le meilleur de nous-mêmes pour travailler les derniers détails techniques et stratégiques.

Nous voulons vraiment nous donner à fond car une Coupe du Monde, ça n’a lieu que tous les quatre ans. C’est déjà une chance de pouvoir y participer. Qu’elle s’organise en France, c’est encore plus symbolique et nous avons plus de soutiens. Nous avons vraiment envie de faire un beau résultat.

Est-ce que vous sentez d’avantage d’intérêt qu’auparavant, notamment au point de vue médiatique ?

Oui c’est sûr, ça commence à venir. Depuis que nous avons gagné le VI Nations, il y a beaucoup plus de gens qui s’intéressent à nous. Ça a été un vrai tremplin. Nous recevons beaucoup d’appels de journalistes et c’est quelque chose de nouveau. Ceci dit, on se rendra vraiment compte de la mobilisation pendant la compétition.

Tout dépendra de nos résultats. Le grand chelem est un très bon exemple : nous avons fait un super premier match, un de nos meilleurs, donc les gens ont commencé à s’intéresser à nous et comme la compétition s’est très bien déroulée, le stade était plein pour notre dernier match !

Quel est votre regard sur l’évolution du rugby féminin en France ?

En équipe de France, la qualité du jeu évolue incontestablement. Nous avons beaucoup plus de préparation physique et cela influence beaucoup le rugby en lui-même. Le haut-niveau nécessite beaucoup de travail mais pour autant, de nombreuses filles ont envie de s’investir au plus haut niveau justement. La compétition en clubs au sein du Top 10 [2] est de plus en plus serrée et c’est très bénéfique pour le haut-niveau français en général.

Pourtant, il n’y a seulement que 4 % de filles parmi tou-te-s les licencié-e-s à la FFR ?

C’est en progrès et il y a de plus en plus d’équipes. Par contre c’est vrai que beaucoup de filles ne s’investissent pas vraiment dans la compétition et veulent jouer pour le loisir.

Nous ce qu’on veut dire c’est que oui le rugby féminin représente beaucoup de sacrifices et de travail mais les résultats qu’on obtient et tous les moments qu’on passe ensemble sont magiques et inoubliables !

Comment êtes-vous venue au rugby ?

Toute ma famille est dans le rugby, que ça soit mes oncles ou mon père. Depuis toute petite j’ai été « trimbalée » par ma mère sur les bords de terrains. Un jour, mon cousin m’a dit qu’il y avait une fille dans son équipe, alors je me suis dit pourquoi pas ! J’avais sept ans et comme toute ma famille connaissait le sport, il n’y a eu aucun problème. Donc ça fait 20 ans que je fais du rugby !

Comment s’organise votre emploi du temps ?

Après ma première sélection en équipe de France en 2010, je me suis fixée cette Coupe du Monde 2014 comme objectif. Pour y arriver, c’est beaucoup de sacrifices et ça donne un emploi du temps très chargé. J’ai un contrat de 35h, mais le rugby c’est du lundi au dimanche. Je m’entraîne avec mon club mais aussi entre 12h et 14h pour des séances de préparation demandées par l’équipe de France. En plus j’ai eu l’objectif de passer mon diplôme d’entraîneure de rugby, donc j’entraîne une équipe de cadets. C’est vrai qu’on a très peu de temps pour les loisirs personnels.

Souhaiteriez-vous devenir professionnelle ?

Devenir professionnelle à temps complet, je ne pense pas qu’on soit préparées. Par contre, semi-professionnelle serait l’idéal. On travaillerait donc à mi-temps pour s’entraîner ou se reposer l’après-midi. Les rugbymans professionnels ont du temps de récupération. Nous, si on se fait mal le soir à l’entraînement, le lendemain matin on est au travail : ça nous laisse très peu de temps pour récupérer ou se soigner.

C’est important aussi de garder un pied dans le monde du travail car, c’est un fait, nos carrières durent moins longtemps que celles des hommes. Certaines choisissent d’être maman par exemple et tout simplement, il faut assurer l’après carrière sportive de haut niveau.

Est-ce que vous êtes souvent confrontée à des préjugés du fait d’être une femme et de pratiquer le rugby ?

C’est sûr que la première chose qu’on nous dit, que ce soit des hommes ou des femmes d’ailleurs, c’est que « le rugby n’est pas fait pour les filles, vous ne devez pas en faire ». On nous reproche aussi de ne pas être assez féminines et on nous « conseille » de faire des sports plus adaptés comme de la danse. Ces préjugés, c’est quelque chose de commun à tous les sports de combats, je pense à la boxe notamment.

Pourtant, ceux qui osent faire le premier pas et qui viennent nous voir jouer sont conquis à chaque fois car ils voient la qualité de notre jeu et le spectacle qu’on peut offrir.

Selon vous, quels seraient les moyens pour développer la pratique des filles ?

C’est tout simplement nous, l’équipe de France, pendant cette coupe du monde. Nous avons la responsabilité de montrer une meilleure image, que ce soit au niveau des résultats comme de l’esprit de l’équipe. Ainsi, les médias suivront. L’objectif c’est que la mayonnaise prenne, mais pour cela, il faut que nous donnions le meilleur de nous-même !

Bonne chance à elles !

 

Propos recueillis par Clémence Abry-Durand pour le Secrétariat général du HCEfh

Retrouvez le site de la coupe du monde de rugby féminin et le programme des diffusions TV :

http://www.ffr.fr/index.php/ffr/rugby_international/coupe_du_monde_feminine

http://www.ffr.fr/index.php/ffr/historique/2014/coupe_du_monde_feminine



[1] L’équipe de France de rugby féminin, aussi appelée « France féminines », a gagné le tournoi des VI nations 2014 sans concéder une seule défaite.

[2] Plus haute division de l’élite. Devient le Top 8 la prochaine saison.